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dimanche 16 juin 2019 à 10h

The White West 2

L'après-vie du fascisme

La présente série de conférences a pour but de questionner l'Eurocentrisme qui englobe aujourd'hui le concept de fascisme, en s'attaquant à la relation sous-théorisée entre le colonialisme des colons et le national-socialisme à travers la scène "proto-totalitaire" de l'expansion coloniale et son concept racialisé de l'identité. Elle a aussi pour but de questionner, par extension, la nature antipolitique d'un concept tel que celui de l'Occident et la résurgence des doctrines fascistes que cette notion engendre.

Au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, les dernières nations libérées d'Europe ont rap- idement repris leur entreprise d'oppression coloniale à l'étranger. Le 8 mai 1945, jour de la victoire des Alliés, la police française massacra des centaines de civils à Sétif, ce qui mena le journaliste et militant français Claude Bourdet à s'interroger : « Sommes-nous la Gestapo d'Algérie ? ».

Dans son célèbre essai intitulé Discours sur le Colonialisme, le poète Aimé Césaire a expliqué que ce que l'on appelle en Europe le "fascisme" n'est que la violence coloniale retrouvant le che- min du retour. L'état carcéral, les ethno-nationalismes et la guerre impériale sont, on pourrait le dire, différentes facettes de ce que Nikhil Pal Singh a appelé «l'après-vie du fascisme»**, mais la relation entre le colonialisme des colons, le fascisme et le national-socialisme reste sous- théorisée et mal comprise.

Kader Attia et Ana Teixeira Pinto, en collaboration avec la Haus der Kulturen der Welt à Berlin proposent un colloque sur la montée des fascismes et les réponses politiques à celles-ci, aujourd'hui. Avec la collaboration de Giovanna Zapperi et le soutien du Laboratoire InTRu, EA 6301 - Université de Tours

10:00 - 10:50

Ouverture et petit-déjeuner solidaire

10:50 - 11:05

Introduction

Avec: Kader Attia

11:05 - 11:35

Violences d'état, violences contre les exilé.e.s

Avec: Karine Parrot

Qu'est-ce qu'un étranger ? Qu'est-ce qu'un « migrant économique » ? Que lire derrière tous ces noms - Schengen, Frontex, Dublin - et ces sigles, OFPRA, CRA, OQTF ? La réponse, on la lira ici : ce sont les pièces d'un masque derrière lequel l'État français organise et dissimule une lutte féroce contre les étrangers, les plus pauvres, les plus noirs, les plus arabes. Du dernier commissariat jusqu'au Conseil d'État et à la Cour de cassation - plus question ici de séparation des pouvoirs - l'appareil d'État suit la loi quand elle l'arrange et la bafoue quand elle le gêne. Si c'est trop visible, la haute fonction publique prépare une nouvelle loi qui permet plus de contrôles, plus d'enfermements, qui donne carte encore plus blanche à l'exécutif dans cette lutte contre un ennemi décidément bien commode.

Karine Parrot proposent d'une part à travers le livre Carte blanche, L'État contre les étrangers (La Fabrique, 2019), une analyse des violences institutionnelles commises contre les étrangers les plus pauvres, et d'autre part à travers une approche décoloniale, une déconstruction de ce que les pouvoirs institutionnels nomment "crise des réfugiés".

11:35 - 12:10

Cultural Marxists

Avec: Sven Lütticken

Des États-Unis et de l'Europe jusqu'au Brésil et au-delà, la notion de Marxisme Culturel est utilisée par le droit de dénoter un complot destiné à discréditer les valeurs «occidentales» à travers les politiques d'identité, de féminisme et de genre. Le discours sur le Marxisme Culturel ne se veut pas une représentation juste de certains phénomènes. Ce n'est pas un langage constatif, mais un langage performatif, conçu pour favoriser la peur et promouvoir l'agressivité en créant un ennemi parfait : une cabale de marxistes juifs / musulmans / noirs / queer / féministes. Analyser cette théorie du complot est une chose; aller à son encontre en est une autre.

12:10 - 12:45

À l'Ouest rien de nouveau

Avec: Françoise Vergès

L'absence de passerelle entre l'historiographie du fascisme et des politiques coloniales a occulté la circulation des idéologies raciales entre colonie et métropole. En partant de Discours sur le colonialisme d'Aimé Césaire, Françoise Vergès retracera le rôle structurel et structurant du racisme et de la violence coloniale pour le fascisme. Les formes du fascisme actuel restent toujours ancré dans l'idée de l'avènement d'un nouvel homme capable de discriminer et de persécuter.
Cette idéologie n'entre pas en contradiction avec le néolibéralisme où l'idéologie libertarienne joue un rôle important. Ces intersections entre racialisation, fascisme, virilisme, violence, colonialisme et néolibéralisme seront explicitées.

12:45 - 13:15

Q&A

13:15 - 14:20

Pause-déjeuner

14:20 - 14:35

Introduction

Avec: Ana Teixeira Pinto

14:35 - 15:10

The Decay and Resurgence of White Supremacy

Avec: Nikhil Pal Singh

15:10 - 15:45

The Racial Question(ing) of Justice

Avec: Denise Ferreira da Silva

15:45 - 16:00

Pause

16:00 - 16:35

Colonialisme, fascisme et présence du racisme d'État

Avec: Norman Ajari

16:35 - 17:15

Embedded Horizons

Avec: Rijin Sahakian

Rijin Sahakian traitera à travers le cas des guerres du Golfe et de leurs séquelles, de la fausse fusion de la géopolitique avec la politique de l'identité, ainsi que de ses utilisations redoutables dans le discours sur et la création d'image afin de favoriser l'acceptation et la mystification du pouvoir de la guerre et les vastes ramifications de la violence en tant qu'acte, idéologie politique et méthodologie de recherche. Ceci sera examiné dans le contexte des productions américaines sur / de l'Irak ainsi que des stratégies mondiales du monde de l'art dans leur interrogation de la région du Golfe. La production artistique en tant que productrice d'images et de récits important parallèlement aux opérations PSYOPS et des objectifs nationalistes aux États-Unis et dans le Golfe, et en partenariat avec ceux-ci, seront explorés au moyen d'exemples clés du début des années 90 jusqu'à aujourd'hui.

17:15 - 17:45

Israël et la suprématie blanche - une nouvelle aube pour une relation séculaire ?

Avec: Revital Madar

Pour beaucoup en Israël, la montée des partis de droite en Europe représentait une occasion de renverser l'UE, une institution longtemps perçue en Israël comme pro-palestinienne. La criminalisation récente de l'expression du soutien au mouvement BDS en Allemagne, où il équivaut maintenant à de l'antisémitisme, et la déclaration d'Emmanuel Macron selon laquelle l'antisionisme est une nouvelle forme d'antisémitisme, ont rendu l'antisémitisme précieux pour Israël. En tant que concept, l'antisémitisme a connu une sorte de renaissance en tant qu'outil de propagande avec la nouvelle définition de l'IHRA qui fait de toute critique de l'État d'Israël un acte d'antisémitisme.

De l'autre côté de l'Atlantique, les tenants de la suprématie blanche de Charlottesville ont déclaré que "les Juifs ne nous remplaceront pas" et la fusillade dans la synagogue de Pittsburgh a été l'attaque la plus meurtrière jamais perpétrée contre la communauté juive aux États-Unis - deux événements qui ont marqué, de manière très explicite, que les nouveaux alliés d'Israël dans le monde ne peuvent limiter leur haine à l'encontre des seuls Arabes et des personnes de couleur. Le gouvernement israélien a ignoré ce fait, tout comme il l'a fait pour la loi polonaise sur l'Holocauste et les nombreuses déclarations antisémites faites par Trump, Bolsonaro, Urban et d'autres. L'antisémitisme, ses porte-parole l'ont dit à maintes reprises, est le fléau de la gauche. Les faits mis à part.

Au-delà des gains politiques que ces alliés promettent à l'apartheid rampant d'Israël, je voudrais discuter de ce que ce soutien, tant de la part des partis de droite que des partis "centraux" en Europe, dévoile sur la perception qu'a l'Europe du Juif. Dans quelle mesure le soutien d'Israël est-il conditionné par la perception durable du juif en tant que catégorie raciale et que nous dit-il de l'appartenance des juifs à la communauté européenne, toujours imaginée comme blanche ? Considérant notre tendance à traiter le fascisme et le colonialisme comme deux phénomènes historiques distincts, et à comprendre l'antisémitisme dans le cadre du premier, dans quelle mesure la réduction de la judéité d'Israël au tribalisme mondial est-elle liée au fait que c'est un projet colonial encouragé et soutenu par une Europe nouvellement dépourvue de Juifs ?

17:45 - 18:25

Q&A

18:25 - 19:00

Pause

19:00 - 20:30

Paroles d'Honneur - Violences policières à Mantes-la-Jolie :
mis à genoux mais toujours debouts

Avec: Norman Ajari, Myriam Ayad, Yessa Belkhodja, Amal Bentounsi, Geneviève Bernanos, Franco Lollia , Louisa Yousfi

Une centaine d'élèves agenouillés, les mains sur la tête, entourés de policiers satisfaits de voir « des enfants sages »... Ces images de lycéens de Mantes La Jolie arrêtés de manière indigne en décembre dernier ont profondément marqué l'opinion publique et sont même devenues un symbole de la répression et des violences policières actuelles. Mais plus que ce symbole, ces images ont illustré le traitement d'exception qui est exercé sur les Indigènes en France, jusque dans ses Écoles, établissements qui se prétendent pourtant égalitaires et universalistes... Cet événement est-il réellement "exceptionnel" ? N'est-il pas, au contraire, la manifestation la plus forte d'un fonctionnement normal de l'école dont l'un des objectifs est de reproduire la condition Indigènes ?

Paroles d'Honneur propose de revenir une nouvelle fois sur cet épisode dramatique à Mantes la Jolie et d'interroger plus largement la question des violences policières en banlieue.

Notes

La deuxième édition de cette conférence aura lieu à la Haus der Kulturen der Welt en 2020.

*Aimé Césaire, Discours on Coloniasm, Traduit par Joan Pinkham, Monthly Review Press: New York et Londres, 1972. D'abord publié comme Discours sur le colonialisme aux Editions Présence Africaine, 1955, p.3

** Singh, N. (2006). The afterlife of fascism. South Atlantic Quarterly, 105(1), 71-93

https://doi.org/10.1215/00382876-105-1-71

Biographies

  • Norman Ajari, est docteur en philosophie et chargé de cours à l'université Toulouse Jean Jaurès. Après une thèse : « Race et violence : Frantz Fanon à l'épreuve du postcolonial », il poursuit une réflexion philosophique dans la tradition de Frantz Fanon et publie ici son premier livre. Ses recherches portent sur la philosophie africana, l'histoire de la philosophie sociale et politique, et la pensée décoloniale. Il est aussi Membre du bureau exécutif de la Fondation Frantz Fanon.
  • Kader Attia, est un artiste franco-algérien vivant entre Berlin et Alger. Ses recherches socioculturelles ont conduit Kader Attia à la notion de réparation, un concept qu'il a développé philosophiquement dans ses écrits et symboliquement dans son œuvre d'artiste plasticien. En 2016, Kader Attia a fondé La Colonie, un espace de partage et de discussion, une agora pour penser le monde. En 2016, Kader Attia a reçu le prix Marcel Duchamp, suivi du prix de la Fondation Miró, Barcelone, et du prix artistique Yanghyun, à Séoul, en 2017.
  • Myriam Ayad, est membre du Collectif de Défense des Jeunes du Mantois, et mère d'une victime de l'opération de police à Mantes la Jolie.
  • Yessa Belkhodja, est membre du collectif du collectif de défense des Jeunes Mantois.
  • Amal Bentounsi, porte-parole du collectif Urgence Notre Police Assassine.
  • Geneviève Bernanos, porte-parole du collectif des mères solidaires.
  • Franco Lollia, est porte-parole de la Brigade Anti Négrophobie.
  • Sven Lütticken, Sven Lütticken est un historien de l'art et un critique qui enseigne à la Vrije Universiteit à Amsterdam. Il est l'auteur de plusieurs livres, dont Cultural Revolution: Aesthetic Practice after Autonomy (2017).
  • Revital Madar, est doctorante au programme d'études culturelles de l'HUJ, chargée de cours à Sciences-Po Paris et membre de la Ebelin and Gerd Bucerius ZEIT-Stiftung. Ses recherches actuelles, Repudiated Violence and Sovereign Power : The Case of Israel, introduisent le concept de violence répudiée dans l'étude de la violence souveraine. Analysant les actes de violence commis par des agents de l'État et condamnés par l'État, Madar examine dans quelle mesure ces actes de violence peuvent être qualifiés de violence souveraine, et ce qu'ils dévoilent des conditions d'existence d'Israël.
  • Karine Parrot, Karine Parrot est professeure de droit à l'Université de Cergy-Pontoise, membre du GISTI (Groupe d'information et de soutien des immigré-es). Elle est l'auteure de Carte blanche, L'État contre les étrangers (La Fabrique, 2019).
  • Ana Teixeira Pinto, Ana Teixeira Pinto est une écrivaine et théoricienne culturelle basée à Berlin. Elle enseigne au DAI (Dutch Art Institute) et est chargée de recherche à la Leuphana University, Lüneburg. Ses écrits sont parus dans des publications telles que Afterall, Springerin, Camera Austria, e-flux journal, Mousse, Frieze, Domus, Inaesthetics, Manifesta Journal, et Texte zur Kunst. Elle est l'éditrice de The Reluctant Narrator (Sternberg Press, 2014) et d'une série de livres à paraître sur The Antipolical, chez Sternberg Press en 2019.
  • Rijin Sahakian, est écrivaine, journaliste, commissaire d'exposition et productrice.
  • Denise Ferreira da Silva, est réalisatrice et professeure à l'Institute for Gender, Race, Sexuality and Social Justice, Bristish Columbia.
    Les écrits académiques et la pratique artistique du Dr. Denise Ferreira da Silva abordent les questions éthiques du présent global et s'adressent aux dimensions métaphysique et onpistémologique de la pensée moderne. Elle est actuellement professeure et directrice de l'Institut de justice sociale (Institut pour le genre, la race, la sexualité et la justice sociale) de l'Université de British Columbia. Avant d'entrer à l'Université de Californie, elle a été professeure agrégée d'études ethniques à l'Université de Californie à San Diego et, de 2010 à 2015, titulaire de la première chaire en éthique à la School of Business and Management et à la direction du Center for Ethics and Politics, à l'Université Queen Mary de Londres. Ses domaines de recherche comprennent les études raciales et ethniques critiques, la théorie féministe, la théorie juridique critique, la théorie politique, la philosophie morale, les études postcoloniales et les études latino-américaines et caribéennes. Elle est la principale rédactrice de la série de livres Routledge / Cavendish Law, Race et Postcolonial (avec Mark Harris et Rashne Limki). Son travail lié à l'art comprend des textes pour des publications liées aux Biennales de Liverpool et de Sao Paulo 2016, conseillant Natasha Ginwala, la commissaire de la biennale Contour 8 (Malines, 2017). Ferreira da Silva est régulièrement invitée à participer à des événements internationaux et à contribuer à des publications dans des contextes académiques et artistiques.
  • Nikhil Pal Singh, est professeur d'analyse sociale et culturelle et d'Histoire, Directeur du département d'éducation sur la prison à l'Université NYU.
  • Françoise Vergès, est une politologue et militante féministe « décoloniale » française. Françoise Vergès a publié de nombreux ouvrages et articles en français et en anglais sur les mémoires de l'esclavage, la psychiatrie coloniale, Frantz Fanon, Aimé Césaire, l'économie de prédation et la globalisation, le musée postcolonial, et les processus de créolisation dans les mondes de l'Océan indien. Parmi ses dernières publications : Un féminisme décolonial, 2018 ; Le Ventre des femmes, Albin Michel, 2017 (traduction en anglais, Duke University Press). Françoise Vergès est aussi l'auteur de films, « Aimé Césaire face aux révoltes du monde » (2013) et « Maryse Condé. Une voix singulière » (2011) et a été consultante sur plusieurs films. Commissaire indépendante, elle a notamment organisé au musée du Louvre, « L'esclave au Louvre : une humanité invisible » en 2013 et 2013 et les expositions « Dix femmes puissantes » (2013) et « Haïti, effroi des oppresseurs, espoir des opprimés » (2014) pour le Mémorial de l'abolition de l'esclavage de Nantes. Elle fonde aussi l'association "Décoloniser les arts" aux côtés de Gerty Dambury et Leila Cukierman.
  • Louisa Yousfi, est journaliste.

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Image : Violente arrestation à Paris pendant les manifestations contre la Loi travail, 14 Juin 2016. REUTERS/Philippe Wojazer

Lien : https://paris.demosphere.net/rv/70763
Source : http://www.lacolonie.paris/agenda/2019/juin/t…

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