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jeudi 20 novembre 2008 à 19h

2 parties : 1 2

Atelier lecture féministe

jeudi 20 novembre 19h :

Prolongation de la précédente séance autour du livre Black Feminism, Anthologie du féminisme africain-américain, 1975-2000 présentée par Elsa Dorlin
lire l’annonce de la précédente séance

Source : http://www.cip-idf.org/


séance précédente:

6/11/08 : "Black Feminism", atelier lecture féministe et projection vidéo

Atelier lecture féministe et projection vidéo

Nous poursuivons cette année le cycle de lecture féministe.
Pour cette première séance de l’atelier, nous lirons ensemble des extraits choisis de Black feminism - Anthologie du féminisme africain-américain, 1975-2000 présentée par Elsa Dorlin - que nous croiserons avec Black Panthers d’Agnès Varda, documentaire de 28 minutes tourné au cours des manifestations autour du procès Huey Newton, leader des activistes noirs du Black Panther Party.

« Toutes les femmes sont blanches, tous les Noirs sont hommes, mais nous sommes quelque unes à être courageuses. »

« L’histoire du féminisme africain-américain est indissociablement marquée par l’histoire de l’esclavage nord américain, dont la spécificité est le développement d’un système plantocratique d’envergure sur le sol même des Etats-Unis d’Amérique, à la différences des Etats esclavagistes européens modernes (France, Grande-Bretagne, Espagne, Danemark, Hollande). Cette différence seule pourrait expliquer en partie pourquoi le féminisme Noir s’est principalement développé aux Etats-Unis et non en Europe, sauf que (...) le cas de la Grande-Bretagne témoigne de l’émergence d’un féminisme Noir en Europe, comparablement héritier de l’expérience de l’esclavage. Toutefois, la caractéristique du féminisme Noir aux Etats-Unis tient à la généalogie même des mobilisations féministes au XIXe siècle : généalogie inextricablement liée aux mouvements abolitionnistes. »
(...)
« L’analyse classique de la domination de genre définit le sexisme comme le seul rapport de pouvoir transversal à toutes les femmes, quelles que soient leur classe, leur sexualité, leur couleur, leur religion, etc., en faisant de la lutte contre le sexisme une lutte prioritaire relativement aux autres rapports de domination. Le sexisme est alors posé comme un dénominateur commun qui assure les conditions de possibilité d’une identité politique partagée. C’est donc cette expérience commune du sexisme qui permet la constitution et la cohérence du sujet politique du féminisme lui-même -« Nous les femmes »-, menacé de désintégration si on en venait à différencier à outrance les femmes selon les multiples rapports de pouvoir qu’elles subissent. Or si toutes les femmes font bien l’expérience du sexisme, malgré cette commensurabilité de l’expérience, il n’y a pas pour autant d’expérience « identique » du sexisme, tant les autres rapports de pouvoir qui informent le sexisme modifient ses modalités concrètes d’effectuation et partant du vécu des femmes. Aux Etats-Unis, par exemple les femmes africaines-américaines ont historiquement été victimes de stérilisations forcées ou abusives, alors que les femmes « blanches » subissaient des grossesses à répétition non désirées et étaient acculées aux avortements clandestins. »
(...)
« Le féminisme Noir a été un électrochoc dans la pensée féministe tout au long des années 80 : ainsi nombres d’intellectuelles blanches, ont été non seulement contraintes de repenser ce qui jusqu’ici semblait évident (ce « Nous » de « Nous, les femmes »), mais aussi, et plus fondamentalement, de se décentrer de leur position dominante, et partant de leur référence par définition « neutre », en élucidant la position depuis laquelle elles ont pris ou prennent la parole, comme les silences que leurs paroles ont recouverts. »

Black Feminism Revolution !
La révolution du féminisme Noir !, Elsa Dorlin, dans Black Feminism.

« Chaque fois qu’en parlant avec un homme Noir, je soulevais la question de l’humanité des femmes Noires, j’obtenais la même réaction. Les hommes Noirs, du moins ceux que je connaissais, semblaient complètement incapables de considérer les femmes Noires comme des personnes.
(...)
J’ai des copines qui ont abandonné l’école parce que leur petit ami les a convaincues qu’il était « incorrect » et « contre-révolutionnaire » de chercher à faire autre chose que d’élever des enfants et faire le ménage. « Aide le frère à se réaliser », disaient-ils. D’autres, soumises à une polygamie de fait, ont parfois été obligées de coucher avec les amis de leur mari. Ce devoir m’a été expliqué par un « prêtre » du New York Yoruban Temple : « Si ton frère doit aller se soulager et qu’il n’y a pas de toilettes dans sa maison, ne le laisserais-tu pas utiliser tes toilettes ? » m’a t-il demandé. À la place de toilettes, lisez femme Noires.

Les sœurs préféreraient la boucler et refusaient de voir la réalité, pourtant de plus en plus difficile à ignorer : beaucoup de frères partageaient leur temps entre une sœur du quartier et une blanche du centre-ville, celle-là même qu’ils prétendaient haïr ardemment. Les plus décomplexés en parlaient avec franchise : « La femme blanche me laisse être un homme ».

L’argument le plus répandu parmi les femmes Noires pour justifier leur refus de devenir féministe était leur haine des femmes blanches. Elles le répétaient souvent devant des hommes Noirs, qui ne manquaient pas de les approuver (évidemment, il était de l’intérêt du frère de maintenir la séparation entre Noires et blanches - « Les femmes ne peuvent s’empêcher de jacasser »). J’ai fini par comprendre que le Noir pétri de haine pour les blancs trouvait la femme blanche irrésistible parce qu’elle n’était pas pour lui un être humain, mais une possession - le modèle de luxe des femmes-produits qu’il voyait à la télévision. « Je sais que l’homme blanc a fait de la femme blanche le symbole de la liberté et de la femme Noire le symbole de l’esclavage ». (Soul on Ice, Eldrige Cleaver).

Quand je suis devenue féministe, mes amies Noires furent désolées pour moi : « C’est un truc Blanc », m’ont-elles avertie. Elles me faisaient rire. Certes, pensais-je, il y a quelques petits problèmes, les blanches ne comprennent pas tout mais ces difficultés ne sont pas insurmontables. Dans Ebony, Jet, Encore et même dans le New York Times, plusieurs auteurs Noirs incitaient les femmes Noires à se méfier des sourires des féministes blanches. Si les féministes blanches recherches le soutien des Noires, prévenaient-ils, c’est uniquement pour renforcer un mouvement de classe moyenne en manque de crédibilité. Le temps a montré qu’il y avait dans ces jugements plus de clairvoyance que ne l’indiquait leur tonalité hystérique. Aujourd’hui, quand les féministes blanches pensent aux femmes Noires, c’est trop souvent comme à des masses indifférenciées de mères au chômage et de victimes de viol bonnes à gonfler les statistiques sur la misérable condition féminine.

La féministe Noire que j’étais connut des moment difficile lorsqu’elle réalisa que les féministes blanches considéraient plus souvent les hommes Noirs comme des victimes sympathiques que comme des hommes. Je ne m’oppose pas à ce qu’on dise que les hommes blancs ont été les pires agresseurs, mais je vois mal en quoi cela aide les femmes Noires à changer leur vie quotidienne. Face à un homme blanc, les femmes blanches ne vont pas vérifier son compte bancaire ou son portefeuille d’actions avant de l’accuser d’être sexiste : elles l’affrontent s’il fait partie d’un groupe de prise de conscience masculine. Mais dès qu’il s’agit des hommes Noirs, c’est « pas touche .

Une de mes amies Noires a un jour été virée par une agence de presse Noire parce qu’elle était enceinte. Quand elle a proposé d’écrire un article à ce sujet pour Ms., sa proposition a été rejetée par la rédaction dans les termes suivants : « Nous avons une politique particulière en ce qui concerne l’homme Noir ». J’ai cru pendant un temps que ce genre d’attitude caractérisait la position féministe conservatrice. Jusqu’au jour où j’ai surpris une féministe radicale reconnue en train d’expliquer pourquoi elle ne sortait qu’avec des hommes noirs ou non blancs : « ils sont une moindre menace pour les femmes, ils nous opprime moins. »

Etre une femme Noire, c’est passer par de nombreux accès de rage impuissante, épuisante. Cela m’est arrivé récemment, alors que j’assistais à un groupe de discussion réuni pour une conférence de femmes artistes. L’une des intervenantes, directrice de musée, féministe et blanche, était venue accompagnée d’un jeune noir portant un sweatshirt, des Prokeds et une bout de tissu noué autour d’une afro spectaculaire comme on n’en fait plus. Interrogée sur son engagement pour les femmes artistes Noires, elle répondit : « Eh bien, que faites-vous des artistes Portoricaines et des Mexicaines, et des Indiennes ?... Sans préciser qu’elle n’exposait pas les femmes hispaniques plus souvent que les femmes Noires (quant aux Indiennes, inutiles de vous faire un dessin), autrement dit très rarement, alors que son musée se trouve dans un quartier majoritairement peuplé de Noirs et de Portoricains. Pourtant cette femme n’avait manifestement aucun état d’âme, car la preuve vivante de son ouverture d’esprit et de ses bonnes intentions se tenait au premier rang, en la personne de ce grand Noir à l’air intransigeant et au look militant. »

Une féministe Noire en quête de sororité
Michèle Wallace, dans Black Feminism, p 52-55

Source : http://www.cip-idf.org/article.php3?id_articl...

Lien : https://paris.demosphere.net/rv/7004