thème : écologie
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mardi 9 avril 2019 à 18h

2 parties : 1 2

Penser et lutter avec Bure / Séance 5

Récit de « l'effondrement » et de la « fin du monde »

quelles critiques et quelles bifurcations possibles ?

Face au nouveau grand récit de « l'effondrement » et de la « fin du monde » : quelles critiques et quelles bifurcations possibles ?

D'autres fins du monde sont souhaitables ! Débats entre différents courants de l'écologie.

En salle 13, dans le batiment de l'EHESS au 105 Boulevard Raspail

« Quand je serai grand, je veux être vivant ! » crient des milliers de lycéens d'à peine 16 ans qui participent aux grèves scolaires pour le climat depuis l'automne dernier. « Fin du monde, fin du mois : même combat » entend-on marteler dans les marches pour le climat qui rassemblent des centaines de milliers de personnes depuis septembre en France. Il semble évident que quelque chose est en train de se passer au sein du mouvement « écologiste ».

Il faut dire qu'avec les premiers signes annonciateurs du printemps mi-février, la disparition mesurée de 30 % des oiseaux des campagnes en 15 ans, de 80 % des insectes volants en 25 ans (mesuré en Allemagne), et les records de température qui pulvérisent chaque année ceux de l'année précédente, la « crise écologique » n'est plus un horizon lointain mais un enfer déjà bien palpable. Il y a de quoi avoir peur, très peur. « I want you to panic ! » assume d'ailleurs Greta Thunberg, nouvelle figure de la phase actuelle du mouvement, au milieu des milliardaires de Davos.

La panique et le vertige semblent être les principaux ressorts émotionnels des nouvelles mobilisations en cours depuis quelques mois. « À quoi ça sert de travailler pour avoir un emploi si tout est détruit ? » peut-on entendre dans les grèves scolaires lycéennes. Et si la peur et l'urgence se répand dans les corps et les cœurs, il semble que la théorie de l'effondrement fournisse une bonne partie du cadre idéologique du surgissement « écologiste » actuel.

Les livres et les conférences de Pablo Servigne et ses acolytes, fondateurs de la « collapsologie » - définie par eux comme « l'exercice transdisciplinaire d'étude de l'effondrement de notre civilisation industrielle, et de ce qui pourrait lui succéder, en s'appuyant sur les deux modes cognitifs que sont la raison et l'intuition, et sur des travaux scientifiques reconnus » - sont des best-sellers qui s'arrachent du fin fond des « éco-villages » jusqu'au forum de Davos. Ce qui passait encore, il y a 5 ou 10 ans - sans parler des rapports du Club de Rome en 1972 et des innombrables publications de l'époque - pour une lubie de fanatiques de la décroissance et du quinoa, semble s'imposer comme le paradigme décisif pour penser l'époque contemporaine - comment y vivre, y lutter, que faire et comment. Que ce soit pour des cabinets de consulting et de géo-ingénierie, ou pour des collectifs de désobéissance civile. Bref : la fin du monde est le nouveau hype !

L'imaginaire dominant de la dernière décennie du mouvement écologiste - celui de la « transition » et des « alternatives », porté par le mouvement Colibris, Alternatiba, le film Demain, le réseau « Villes en transition », les innombrables collectifs « transition citoyenne », des personnalités comme Pierre Rabbhi et Cyril Dion - semble laisser la place à la sensation de l'imminence d'une apocalypse écologique, climatique, sociale, économique et politique. Il n'y a plus de « transition douce » possible. L'accent mis sur les « éco-gestes » et le changement individuel et « citoyen » a fait long feu : des pratiques de désobéissance civile - « non-violente » ou pas - se transmettent bien au-delà des cercles activistes les plus déterminés. Des barricades et les cabanes symboles de la Zad de NDDL se sont habillés de jaune fluo pour surgir partout en France, en réaction à une énième arnaque taxant les pauvres au nom d'une mascarade de « transition énergétique »,

La situation, du fin fond de son désespoir, est porteuse de nouvelles radicalités, d'envies d'agir inédites, mais également de nombreux pièges. Car le grand récit de l'effondrement charrie son lot d'impensés et d'impasses : ce sont à ces questionnements qu'il nous faut s'atteler.

⇒ En se basant sur une batterie de mesures, de courbes et d'une appréhension positiviste du fonctionnement du « système-Terre », le grand récit de « l'effondrement » ne reconduit-il pas la terrible séparation homme/environnement, nature/culture ? Ne pérennise-t-il pas une vision en surplomb, extérieure et gestionnaire des processus sociaux et vivants, c'est-à-dire la même pensée moderniste qui a accouché des ravages de l'industrialisme ?

⇒ N'alimente-t-il pas, même inconsciemment, la « stratégie du choc » et du « capitalisme du désastre » si chère à l'extension indéfinie du néolibéralisme, qui prospère d'autant plus là où ce qui « tenait » encore est subitement effondré, où se prépare craintivement à l'être ? Bref : y'a-t-il de la puissance de vie et de construction de long-terme au-delà de la panique générée par la sensation de l'imminence de l'effondrement ?

⇒ Le grand récit de « l'effondrement » n'est-il pas une forme de narcissisme occidental, qui invisibilise toutes les autres formes de vies, de pensées et de lutte qui ont été totalement, ou partiellement, « effondrées » par des siècles de colonisation politique, économique/industrielle ? « L'Effondrement » de la civilisation industrielle avec un grand E nous empêche-t-il de prendre conscience des centaines « d'effondrements » qui ont accompagné la mise en place historique de cette civilisation (esclavagisme, chasse aux sorcières, colonisation, guerres mondiales, etc, etc) ? La « fin du monde » est-elle une nouvelle mode de classes moyennes blanches occidentales déprimées ? Permet-elle de tisser des alliances pertinentes avec les premier-e-s concerné-e-s par les effondrements ?

⇒ N'avons nous pas plutôt besoin de théories et d'imaginaires qui nous permettent de partir de la singularité de là où chacun-e vit ? L'enjeu n'est-il pas précisément de se sortir du rapport au temps désastreux - linéaire, cumulatif, à valoriser à tout prix - charrié par la culture occidentale, pour bifurquer vers d'autres devenirs possibles, situés, singuliers ? La tâche d'un « grand récit politique » - s'il en est besoin -, n'est-elle pas d'apprendre à mieux voir et sentir ce qui justement palpite sous nos pieds, ne s'effondre pas ou pas encore (des liens, des lieux, etc) pour le défendre, le relier, l'étendre ? La sensation de la « fin du monde » ne pourrait-elle pas plutôt attiser, mondialement, une irrépressible « faim de mondes » à faire ?

Mener ce débat, c'est confronter les différents courants actuels du mouvement écologiste dans leurs dynamiques comme leurs limites propres. Pour cela, cinq personnes interviendront - trois personnes impliquées dans le quotidien des luttes et deux journalistes/chercheurs qui les accompagnent avec pugnacité :

  • Camille, participante active des grèves lycéennes pour le climat et membre du jeune mouvement « désobéissance civile écolo Paris », viendra parler de son rapport à l'effondrement et à l'importance (ou pas?) de ces affects de l'urgence dans le nouveau surgissement actuel de la jeunesse sur la scène écologiste.
  • Andrea parlera des difficultés de concilier rapport à l'urgence, lutte frontale et construction de long-terme dans le mouvement ZAD/Bure, de la difficulté de tisser des continuités quand les stratégies contre-insurrectionnelles cherchent à multiplier les ruptures traumatiques et saper toute possibilité d'expérience collective.
  • Non confirmé : une participante de longue date au mouvement climatique (Alternatiba/ANV COP-21/Amis de la Terre), viendra nous expliquer comment la rhétorique de l'effondrement suscite des débats internes.
  • Jade, journaliste spécialisée dans les questions écologiques à Médiapart, nous proposera un panorama des critiques théoriques et pratiques de la théorie de l'effondrement.
  • Jérôme, historien spécialiste du Chiapas, viendra expliquer la manière dont les zapatistes envisagent leur rapport à la temporalité, à la continuité, aux devenirs et proposera quelques pistes de « temporalités émergentes et futurs inédits » esquissés dans son dernier livre.

Lien : https://paris.demosphere.net/rv/65318
Source : http://penseretlutteravecbure.toile-libre.org…
Source : message reçu le 1 avril 23h


Penser et lutter avec Bure

Présentation d'un séminaire de lutte à l'EHESS

« L'utopie technicienne et ses déchets : l'État nucléaire à l'épreuve des territoires en lutte »

Programme du séminaire

  • 14 novembre - Conditionner et Punir
  • 11 décembre - Femmes, féministes et luttes anti-nucléaires : autour du bouquin « Des femmes contre des missiles »et de la lutte de Plogoff.
  • 8 janvier - L'enfouissement des déchets : retour sur une politique de temps long. Retour sur la longue durée de la pratique de l'enfouissement des déchets toxiques.
  • 12 février - L'enfouissement, le bluff du consensus international ? Séance histoire de l'immersion marine et de son abandon ; état des lieux international de l'enfouissement.
  • 12 mars - Vivre dans un monde contaminé. Séance sur les modes de Fukushima et ses invisibles, sur les pratiques et luttes domestiques, d'agriculture, de soin, de vies et de sociabilités dans des mondes contaminés.
  • 9 avril - Une autre fin du monde est possible !
  • 14 mai - Transition énergétique : une contre-histoire des réseaux
  • 11 juin - La télévision de l'atome. Décryptage de la propagande d'EDF à travers l'étude des archives audiovisuelles publiques.

Ces séances seront lancées par des courtes présentations des intervenant·e·s, suivies d'une discussion. Une semaine avant chaque séance, des textes, vidéos, sons, photos, et autres contenus seront mises en ligne sur le site afin de faciliter l'appropriation des séances par tout le monde. Et enfin, nous souhaitons garder des traces sous la forme de compte-rendus qui, par la suite, nous permettront de poursuivre ces réflexions dans des textes et les faire circuler.

Présentation

Depuis un an et demi une immense vague de répression et de criminalisation s'abat sur les opposant·e·s au projet de méga-poubelle nucléaire CIGEO à Bure. Dans ce coin du sud-Meuse comme dans d'autres territoires en luttes (ZAD, GCO, etc) et espaces de contestation (Calais, Briançon, mouvements sociaux, etc), la volonté gouvernementale est claire : surveiller, briser, réduire au silence les résistances. Le 22 février 2018, au moment même où 500 gendarmes détruisaient, sous l'oeil voyeur de BFMTV, les dizaines de cabanes des habitant·e·s du Bois Lejuc occupé, le gouvernement annonçait tout sourire l'ouverture d'un nouveau « débat public sur les déchets nucléaires » à l'automne-hiver 2018.

Dans le « en même temps » macronien, répression et « concertation » ne sont pas des contraires mais les deux faces d'une même hache vouée à découper en morceaux toute possibilité de contestation et d'émancipation. Pour défaire cette énième mascarade « démocratique » qui s'annonce, et retrouver des prises pour surmonter l'asphyxie policière à Bure, un boycott du débat se réfléchit - ravivant le souvenir de celui, victorieux, de 2013 - et demande à être nourri.

C'est dans ce contexte tendu que nous éprouvons plus que jamais le besoin de créer des espaces pour penser en profondeur, depuis la situation de la lutte de Bure, la question de l'industrie nucléaire et des possibilités d'émancipations de - et dans - l'ordre atomique. Dans une époque où un haut niveau de répression vise à nous rendre atones et nous atomiser, susciter un décalage pour questionner nos hypothèses politiques et permettre de nouvelles rencontres.

C'est en nous inscrivant dans un sillage où, depuis le mouvement social du printemps 2016, les occupations d'universités - inspirées par l'expérience des zads et des territoires en luttes - les séminaires alternatifs et les dynamiques « d'enquêtes dans les luttes » se multiplient que nous souhaitons ouvrir cet espace d'élaboration théorique et politique. Le séminaire que nous proposons se tiendra à l'EHESS, car c'est depuis l'expérience de l'ouverture de « La Brêche », un lieu d'organisation autogéré par les étudiant·e·s, au printemps 2017, ou encore du soutien à la ZAD au printemps 2018, que nous souhaitons intensifier les porosités entre les mondes de « l'université » et « des luttes », que l'on voudrait voir étanches.

Nous sommes des étudiant·e·s, des personnes engagées dans la lutte de Bure et/ou d'autres combats, des chercheur·e·s, ou des gens qui aspirent tout simplement à trouver des points d'entrée et des chemins de traverse entre ces réalités. Nous nous inscrivons dans un contexte où la criminalisation contre les militant·e·s, les migrant·e·s et toute les personnes qui ne correspondent pas à la norme libérale-sécuritaire hégémonique se banalise. Des territoires se transforment en zones rouges, l'État d'exception devient la règle. C'est depuis cette situation glaçante que nous aimerions créer un espace où reformuler une critique radicale de l'ordre atomique. « Radicale », nous l'entendons au sens de « prendre à la racine » la complexité et non pas d'une posture moralisatrice, dogmatique et neutralisante. La « critique », nous la voyons comme des pensées qui ne soient pas séparées et distanciées de leur « objet », mais en situation, impliquées tête et pieds dans le chaos du réel, cherchant à trouver des prises plutôt qu'une intouchable Vérité en surplomb.

Pour désigner ce moment, nous nous sommes attaché·e·s au terme « séminaire » : l'idée d'un espace-temps de rencontres régulières et d'approfondissement collectif des réflexions qui y seront mises en partage. Nous avons envie d'être rigoureu·se·s et exigeant·e·s dans nos réflexions, sans transiger pour autant sur notre volonté d'inclusion et d'accessibilité - au risque qu'émergent des frictions. Nous ressentons profondément le besoin de retrouver de la chair théorique et de la consistance intellectuelle dans nos tentatives politiques.

En effet, lutter à Bure contre une méga-poubelle nucléaire - et tout le modelage territorial et social qui l'accompagne - soulève la question de l'immense difficulté à penser l'ordre nucléaire, qui bouleverse la nature même du monde, les coordonnées de l'expérience, la possibilité même de faire sens de « ce qui nous arrive »… Pour décaler ce problème, nous ne prétendrons pas émettre une critique globale et totale mais bien plutôt, depuis l'enchevêtrement de questions qui se posent depuis le sud-Meuse, déplier des fils de réflexions, suivre des chemins, trouver des attaches ensemble.

Pour finir, cet espace est aussi pensé comme un lieu stratégique. Un lieu de rencontres, pour s'approprier par une autre entrée la lutte à Bure. Un lieu où la théorie ne se sépare pas confortablement de l'action, qui vise aussi à interpeller les chercheur·e·s des sciences humaines et dites « dures » dans leur responsabilité à s'engager dans une critique plus active face à ce projet démentiel. Un lieu, enfin, qui invite au décloisonnement et au lien entre les personnes produisant des savoirs aujourd'hui globalement compartimentés (qu'elles se définissent comme « universitaires », « journalistes », « militant·e·s », étudiant·e·s en mémoire de master, thésard·e·s, etc) au sein d'une réflexion stratégique pour nourrir un espace de résistance(s) contemporain.

D'ores et déjà un calendrier de séances mensuelles est prévu pour l'année, avec différents thèmes, dont entre autres:

  • le gouvernement de la contestation, la fabrication du consentement et la répression à Bure;
  • le non-héritage des mouvements de femmes au sein des luttes anti-nucléaire en France;
  • l'histoire de l'enfouissement des déchets en France et à l'international;
  • comment vivre et s'émanciper dans un monde contaminé, notamment à partir de l'experience de Fukushima;
  • une mise en discussion des discours sur l'apocalypse nucléaire et l'effondrement avec les romans dystopiques post catastrophe nucléaire;
  • une séance autour de la transition énergétique: « Une contre-histoire des réseaux »
  • une séance sur la propagande télévisée de l'industrie atomique à partir d'un décryptage des images d'archives d'EDF.

Les séances se tiendront entre 18h et 21h, les 14 novembre [salle 1, 105 boulevard Raspail, 75006 Paris], l1 décembre, 8 janvier, 12 février, 12 mars, 9 avril, 14 mai, 11 juin (les lieux seront fixés prochainement).

Ces séances seront lancées par des courtes présentations des intervenant·e·s, suivies d'une discussion. Une semaine avant chaque séance, des textes, vidéos, sons, photos, et autres contenus seront mises en ligne sur le site afin de faciliter l'appropriation des séances par tout le monde. Et enfin, nous souhaitons garder des traces sous la forme de compte-rendus qui, par la suite, nous permettront de poursuivre ces réflexions dans des textes et les faire circuler.

À bientôt !

Pour plus d'informations et de détails :

Adresse de contacts : penserexetlutteravecexbure@riseup.exnet

Site internet : penseretlutteravecbure.toile-libre.org

Source : http://penseretlutteravecbure.toile-libre.org…
Source : https://lundi.am/Bure-malfaiteurs-Alors-j-en-…
Source : message reçu de Sortir du nucléaire le 26 novembre 17h

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