thème : répression
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mardi 18 septembre 2018 à 18h30

Entre histoire et patrimoine du peuple réunionnais

Le domaine carcéral Juliette Dodu

18h30 > 20h30

L'historien Bruno Maillard propose une conférence débat autour du domaine carcéral Juliette-Dodu à la Réunion.

Le domaine carcéral Juliette-Dodu à Saint-Denis de la Réunion est aujourd'hui menacé de destruction par les pouvoirs publics. Ce haut lieu de mémoire du peuple réunionnais s'illustre cependant comme un espace de répression et de résistance des esclaves incarcérés entre 1775 et 1848 pour leur opposition à "l'institution particulière". Conférence et débat avec Bruno Maillard, docteur en Histoire, membre du Comité National pour la Mémoire et l'Histoire de l'Esclavage.

Le domaine Carcéral, appelé communément Juliette Dodu, fait aujourd'hui l'objet d'une vive polémique à La Réunion. Fermée en décembre 2008, ce domaine carcéral de 3900 m2 n'a certes jamais éveillé un quelconque intérêt de l'État, propriétaire des lieux. Il a été vendu à la SHLMR, société immobilière qui souhaiterait y instaurer une zone commerciale. Ce projet a suscité aussitôt la contestation des défenseurs du Patrimoine et de l'Histoire de La Réunion. Le 17 janvier 2018, le tribunal administratif de Saint-Denis, saisit par les requêtes d'associations locales a cependant suspendu le permis de démolition de la prison ouvrant ainsi de possibles nouvelles négociations.

Ce domaine carcéral, établi en 1775, se singularise par sa grande richesse patrimoniale inscrit en outre dans l'Histoire du peuple réunionnais. Il a été en effet le lieu d'incarcération des esclaves « voleurs de volailles, de maïs ou de riz » sous la Période Royale ou des militants culturels des années 1960-1970, en passant par les affranchis spoliés de 1848 et les engagés abusés du Second Empire. Il tient en ce sens lieu de modèle des répressions coloniales et poscoloniales brutales et iniques de la puissance publique. Son Histoire se cristallise cependant sur la période esclavagiste de La Réunion. Réservée en théorie aux prévenus et aux condamnés, de toute condition juridique, soupçonnés ou reconnus coupables d'une infraction de droit commun, elle a d'abord écroué, et cela jusqu'en 1848, plusieurs milliers d'esclaves insoumis de La Réunion toute entière : petits et grands marrons arrêtés par des agents de la force publique ou des particuliers, « nègres indisciplinés » reclus à la demande du maître ou « noirs reconnus comme dangereux » sur ordre du gouverneur. Mais plus encore, la geôle de Saint-Denis a été le lieu d'incarcération des révoltés de Sainte-Rose de 1799, des insurgés de Saint-Leu de 1811 ou des « comploteurs » de Saint-Benoît de 1832, emprisonnés à perpétuité ou pour quelques semaines avant leur inévitable condamnation à mort. Des femmes et des hommes, détenus pour s'être réappropriés, ou simplement pour avoir réclamés, l'exercice de leurs droits fondamentaux, inaliénables et imprescriptibles, et plus particulièrement leur liberté. Au même titre que les irréductibles marrons des Blue Montain de la Jamaïque ou les révolutionnaires émancipateurs d'Haïti, ils symbolisent aujourd'hui comme demain, et pas seulement pour les Réunionnais mais pour le monde entier, l'esprit universel de résistance contre un régime despotique.

PHOTO : Imaz PRESS

Lien : https://paris.demosphere.net/rv/63693
Source : http://www.lacolonie.paris/agenda/le-domaine-…

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