thème : répression
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mardi 24 février 2015 à 20h

Projection débat « L'ordre et la Morale »

Dans le cadre de la semaine anticoloniale 2015

Tarif :6,50 euros

Projection-débat animée par Olivier Roussel, assistant de Mathieu Kassovitz sur ce film, et sous réserves, l'un des Kanaks présents sur le film.

Avril 1988, Île d'Ouvéa, Nouvelle-Calédonie. 30 gendarmes retenus en otage par un groupe d'indépendantistes Kanak. 300 militaires envoyés depuis la France pour rétablir l'ordre. 2 hommes face à face : Philippe Legorjus, capitaine du GIGN et Alphonse Dianou, chef des preneurs d'otages.

À travers des valeurs communes, ils vont tenter de faire triompher le dialogue. Mais en pleine période d'élection présidentielle, lorsque les enjeux sont politiques, l'ordre n'est pas toujours dicté par la morale... Une épopée violente et trouble qui marque le retour de Mathieu Kassovitz devant et derrière la caméra.

Lien : https://paris.demosphere.net/rv/37092
Source : http://anticolonial.net/spip.php?article2977
Source : http://www.cinemalaclef.fr/evenements/lordre-...


L'ordre et la morale

Mathieu KASSOVITZ - France 2011 2h16mn

avec Mathieu Kassovitz, Iabe Lapacas, Malik Zidi, Alexandre Steiger, Daniel Martin, Philippe Torreton, Sylvie Testud... Scénario de Mathieu Kassovitz, Pierre Geller et Benoit Jaubert, d'après le livre de Philippe Legorjus La Morale et l'action.

L’ORDRE ET LA MORALE

Le 5 mai 1988, nous sommes entre les deux tours de l'élection présidentielle qui voit s'affronter le président sortant François Mitterrand et son premier ministre Jacques Chirac. Le 5 mai 1988 à l'aube, en Nouvelle Calédonie, à quelques 20 000 km de Paris, une centaine de militaires français, à la demande du premier ministre et avec l'accord du président, donnent l'assaut à la grotte d'Ouvea où une vingtaine de gendarmes sont retenus en otage par des militants indépendantistes kanaks. Dix-neuf des preneurs d'otages seront tués, certains ayant été certainement exécutés après avoir été blessés.

Pari difficile que de faire revivre en fiction un événement aussi sombre et complexe de l'histoire récente de la France, soubresaut des pratiques de guerre coloniale qui rappelle les exactions des bérets verts en Algérie. Prendre unilatéralement le parti des indépendantistes aurait été manichéen, ne pas dénoncer le cynisme des politiques - faisant de l'affaire d'Ouvéa un objet de manoeuvres électorales - aussi bien que la violence absurde des militaires aurait été contraire à toutes les enquêtes sérieuses menées depuis.

L'entreprise était périlleuse et Mathieu Kassovitz la mène à bien avec une maîtrise et une intelligence remarquables, centrant le récit autour du personnage de Philippe Legorjus (qu'il interprète lui-même), commandant en chef du GIGN, en charge des négociations avec les preneurs d'otages. Un représentant des autorités françaises certes, mais surtout un homme qui a foi dans les valeurs de la République française, et en sa parole. Et le film, du coup, au-delà de l'affaire d'Ouvéa, devient un vibrant plaidoyer pour l'éthique républicaine face à la raison d'état et ses turpitudes, évoquant en miroir un autre grand film de cette fin d'année, L'Exercice de l'état.

Au départ, le capitaine Legorjus pense qu'il va partir pour une mission classique du GIGN : tenter de trouver une solution négociée à une prise d'otages et éviter coûte que coûte le bain de sang. Sauf que la mort de quatre gendarmes et l'enlèvement d'une dizaine d'autres a, en pleine campagne électorale, une dimension irrationnelle ; et c'est sur un micro-territoire envahi de militaires que l'avion du GIGN atterrit. En dépit des velléités va-t-en guerre de l'armée de terre, Legorjus va tout faire pour trouver une solution négociée. Il va se laisser capturer par Alphonse Dianou, le jeune leader charismatique des ravisseurs kanaks, et entamer avec lui une vraie relation, basée sur le respect, qui permettra l'instauration de négociations pendant près de dix longs jours. Il va essayer de rétablir la confiance des villageois, traumatisés par les violences et les humiliations des militaires, particulièrement infects avec la population civile kanake. Et il va jongler entre la logique froide, teintée de racisme, des militaires, la stratégie cynique des politiques (y compris l'entourage de Mitterrand que Legorjus voyait à tort comme un soutien) et le discours ambigu du FLNKS indépendantiste.

Mathieu Kassovitz réussit parfaitement l'équilibre entre les séquences d'action, parfaitement menées, avec des effets surprenants de mise en scène, et des moments beaucoup plus sereins, voire contemplatifs, notamment dans le dialogue qui s'instaure entre Legorjus et les Kanaks. À la manière parfois bouleversante dont Kassovitz s'attarde sur les palabres des vieux du village, on comprend combien ce projet, qu'il a mis plus de dix ans à concrétiser, lui a tenu à cœur, on comprend à quel point il s'est imprégné de la culture du peuple kanak. Au milieu d'acteurs non professionnels du cru, une vraie révélation : le jeune Iabe Lapacas, comédien pour l'occasion, incarne un Alphonse Dianou tout en détermination et sagesse. Un bel hommage au militant mort sous les balles françaises.

À l'approche du référendum d'autodétermination de la Nouvelle Calédonie prévu en 2014, Mathieu Kassovitz revient magnifiquement sur une page d'histoire trop vite oubliée. En 1988, « l'ordre et la morale » invoqués par le sinistre ministre Bernard Pons justifiaient le massacre. Espérons qu'une autre morale prévaudra désormais.

Source : http://www.cinemas-utopia.org/saintouen/index...

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